Découvrez le livre "Des hommes libres, une histoire de la grève des travailleurs sans papiers" photographies de Bernard Rondeau, textes de Marion Esquerré : extraits de textes, photos, rendez-vous, dédicaces, commentaires des auteurs ...
Parution du livre le 8 octobre 2009, aux éditions du cherche midi.
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mardi 31 août 2010

Présentation du livre "des hommes libres, une histoire de la grève des travailleurs sans papiers" de Bernard Rondeau et Marion Esquerré.


Le livre

Depuis le printemps 2008, 2 500 travailleurs sans papiers se sont mis en grève pour obtenir une régularisation de leur situation. Avec un immense courage, ils ont dépassé la peur de l'arrestation pour engager une lutte au grand jour. Ce sont les héros de ce livre.

jeudi 1 octobre 2009

"Enfin libres", Bernard Rondeau, photographe. Extrait du livre "des hommes libres, une histoire de la grève des travailleurs sans papiers"


Lorsque mon ami Olivier m’a proposé, un soir d’avril, de partir en voyage avec lui, j’ai accepté joyeusement. Ce périple se présentait sous les meilleurs auspices : de l’action, du dépaysement, de l’humain. En somme, une belle aventure pour un photographe. […]
La grève des travailleurs sans papiers venait de débuter et notre périple ne dépasserait pas le Val-d’Oise. Mais quel voyage, au pays du travail à 3,80 euros de l’heure, des congés non payés, du licenciement abusif et du travail à la tâche. Et quelles rencontres avec des femmes et des hommes pétris d’un immense courage.
Car les vrais aventuriers, c’étaient eux, partis depuis longtemps de leur pays natal, ils l’avaient déjà faite leur croisière, sur des bateaux rapiécés, plus proches du Radeau de la méduse que du paquebot. Certains avaient traversé le Sahara, puis le détroit de Gibraltar, rejoignant l’Espagne au prix de souffrances insensées. D’autres avaient eu la chance de venir en avion, visa de tourisme en poche. […]
Les marchandises n’ont pas besoin de permis pour venir enrichir nos sociétés occidentales. Eux si. Ils doivent avoir un permis de travail pour préparer nos agapes, pour ramasser nos poubelles, pour construire les appartements où ils ne vivront jamais. Et ce fameux papier est délivré par la même administration qui leur réclame lors de contrôles et qui les expulse s’ils ne l’ont pas. Ubuesque.
Ils m’ont raconté comment ils ont quitté leur famille, leurs parents, leur femme, leurs enfants, quel déchirement cela a représenté, mais leur responsabilité de père, de fils les conduisait à partir, pour aller gagner l’argent nécessaire à la survie de leurs proches.
Ils m’ont parlé de valeurs dépréciées à notre époque, de la solidarité et de l’action collective, des caisses créées pour développer leur pays, construire des écoles, des centres de santé, des semences et du matériel agricole expédiés au village pour relancer l’agriculture locale, mise à mal par nos schémas colonialistes de monoculture.
Ils ont évoqué avec une grande pudeur les longues années sans retourner au pays, sans pouvoir serrer leurs êtres chers dans leurs bras, les vacances passées au foyer, à Montreuil ou Saint-Denis. Le danger était trop grand de ne pas pouvoir revenir en France.
Pourtant l’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme garantit la libre circulation des êtres humains. Mais l’égalité devant la loi n’existe pas et cet article ne s’applique pas à eux.
Tout au long du conflit, ils se sont battus avec volonté, retrouvant la dignité que les passeurs, les patrons, les vendeurs de sommeil voulaient leur voir abandonner, pour mieux les exploiter.
Presque tous ont gagné leurs papiers, après de longues semaines de grève, et le droit de pouvoir retourner au pays, sans crainte d’y rester bloqué.
Quelques mois plus tard, beaucoup ont passé leurs vacances en Afrique. Ils ont pris l’avion, sans les menottes que le migrant malchanceux cache aux poignets, survolé la Méditerranée où tant de camarades se sont noyés, redescendu le Sahara vers le sud en quelques heures alors que le voyage aller a duré des jours, et atterri enfin à Bamako, Dakar ou Nouakchott.
Et là, sur le tarmac brûlant de soleil, ils se sont sentis enfin libres.

lundi 28 septembre 2009

Sortie du livre "des hommes libres, une histoire de la grève des travailleurs sans papiers" en avant-première à la Fête de l'Humanité 2009

La sortie en avant-première du livre "Des hommes libres, une histoire de la grève des travailleurs sans papiers" à la fête de l'Humanité a donné l'opportunité de revoir les principaux animateurs de cette aventure humaine qui amena la régularisation de centaines de salariés sans papiers au cours de l'année 2008. Les "héros" du livre découvraient avec émotion celui-ci au stand de l'Union départementale CGT de Paris.
Du sage Amara, cuisinier de "Chez Papa" à la pétulante Fanta, animatrice de la grève des "filles de Ma Net", tous se sont remémorés cette lutte difficile qu'ils menèrent durant l'année 2008 pour obtenir leur régularisation.
Pour beaucoup de "régularisés", 2009 sera l'année des vacances en Afrique, pour enfin revoir la famille.
Fanta et ses copines de Ma Net rejoindront ensemble le Mali en fin d'année. Comme dans la grève, elles resteront soudées pour continuer l'aventure. Amara s'est marié en Janvier dernier au Sénégal. Il espère que sa femme pourra le rejoindre bientôt en France. Biranté, le sans papiers de Montlignon continue le travail syndical pour faire valoir les droits des salariés dans son entreprise. Bocar, l'immense mauritanien au coeur d'or, payé 3,80 euros de l'heure par le patron de Casa Nova a retrouvé du travail sur des chantiers de démolition. Il rendra visite à sa famille début 2010. Djimo, l'un des grévistes du Bistro Romain, soutient les grévistes sans papiers d'ACP, une entreprise de gardiennage, qui occupent actuellement le Monoprix de Strasbourg ST Denis.
Pour les auteurs du livre, Marion Esquerré et Bernard Rondeau, la Fête fut aussi un moment chargé d'émotion. Le bon accueil réservé au livre par le public ne gâchait pas le plaisir de retrouver tous ces camarades. De dédicaces en débats, Marion et Bernard purent évoqués pendant ces 2 jours la justesse du combat des travailleurs sans papiers, leur courage et leur détermination.
Et le dernier punch partagé avec les militants CGT de Paris fut l'occasion de constater que les liens d'amitié tissés au fil de la grève étaient bien solides.